Entre contrôle et lâcher-prise
- Philippe Satre
- 2 avr. 2020
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 janv. 2025
En observant les comportements humains associés à la situation hors norme que nous vivons actuellement, nous constatons de nombreuses disparités dans la façon dont chacun de nous partage ses perceptions, ses ressentis, mais d’abord et avant tout, ses valeurs et ses….. croyances.
Tandis que certains s’interrogent sur la manière de reprendre au plus vite leurs activités et habitudes de vie et de travail, d’autres sont convaincus que tout ne redeviendra peut-être jamais comme avant et imaginent des options alternatives.
Certains d’entre nous sont dans le contrôle et essaient de maîtriser, planifier, organiser les événements présents ou à venir ; d’autres commencent à lâcher prise et acceptent l’«impermanence» de ce que nous sommes et de ce nous vivons.
Nos origines, notre famille, notre éducation, notre entourage, nos expériences, ont fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Ils nous ont aussi permis de nous construire, de développer nos valeurs et nos croyances.
Tels des programmes informatiques, ces apprentissages, ces valeurs, ces croyances se sont imprimés en nous et ont tissé des liens neurologiques internes via nos 5 sens. Ils influencent désormais quotidiennement nos pensées, notre communication (verbale ou non verbale) et nos actions.
Nos valeurs constituent ce qui est très important pour nous (Intégrité, respect, loyauté, confiance, etc.). Elles orientent nos choix et nos stratégies de compréhension et de gestion d’une situation.
Nos croyances nous permettent d’atténuer nos incertitudes et de justifier (à nos yeux) nos actions. Du degré de notre croyance dépend l’intensité émotionnelle qui est associée.
Dans son ouvrage « L’éveil de votre puissance intérieure », Anthony Robbins (1) identifie 5 degrés de croyance :
Plus le degré de croyance s’élève pour s’approcher de la « vérité » plus l’intensité émotionnelle qui est associée est forte.
En période de crise, de déséquilibre, de changement, de transformation, nos croyances et nos valeurs constituent notre refuge, notre système de protection, notre espace sécuritaire.
Sans valeur nous ne pourrions évaluer la situation, ni prendre de décisions.
Sans croyances, nous serions totalement désorientés.
Dans le même temps, notre perception de la réalité est grandement teintée par les croyances que nous avons intégré au fil des ans. Un enfant qui reçoit périodiquement de ses professeurs le message qu’il est nul et qu’il n’arrivera jamais à rien, va peu à peu intégrer cette « information » comme étant une « réalité ». À l’inverse, un autre enfant à qui l’on envoie constamment le message qu’il est « capable », qu’il a toutes les compétences requises et qu’il peut réussir, va disposer d’un capital confiance élevé.
Quand le premier enfant basera toutes ses actions sur une croyance limitante, le deuxième pourra s’appuyer sur une croyance supportante. De ce fait, les résultats obtenus par chacun d’eux tout au long de leur scolarité risquent d’être fortement influencés par leurs croyances respectives… mais aussi par l’impact de ces mêmes croyances sur les gens qui les entourent, tel que l’a démontré l’expérience de « Pygmalion à l’école » réalisée dans les années 60 (2).
En 1963, Robert Rosenthal, psychologue américain et Leonore Jacobson directrice d'une école de San Francisco ont informé les enseignants d'une école élémentaire que 20 % de leurs élèves avaient un niveau intellectuel supérieur aux autres et leur ont transmis les noms de ces élèves. Ces enfants avaient en fait été sélectionnés au hasard. Huit mois plus tard, tous ces élèves ont obtenu des résultats nettement supérieurs à ceux des autres élèves dans le cadre d'un test de QI.
L'étude de Rosenthal et Jacobson démontre dans le livre « Pygmalion à l’école » que ces élèves ont été meilleurs que les autres non parce qu'ils étaient effectivement plus intelligents, mais parce leurs professeurs les avaient considérés comme tels tout au long de l'année scolaire.
En toutes circonstances et qui plus est en situation « hors norme », nos croyances et nos valeurs influent sur nos capacités, sur les ressources internes que nous mettons en œuvre et en bout de ligne sur les comportements que nous adoptons, quelque soit l’environnement dans lequel nous évoluons ou la situation que nous vivons.
De ce fait, dans une situation de crise, telle que celle que nous vivons en ce moment, il est très intéressant d’essayer de percevoir et de prendre en considération les croyances et/ou les valeurs d’une personne avant de juger, critiquer, ou mettre en avant ses prises de position, ses décisions ou ses actes.
Là où certains percevront un message divin, d’autres verront une opportunité de changement, tandis que certains profiteront de la situation pour en tirer avantage. Alors que nombreux sont ceux qui voudront garder le contrôle de la situation qu’ils subissent, d’autres auront la capacité de lâcher prise et d’accepter ce qui est.
Plus le degré de la croyance qui anime la personne se rapprochera de la « vérité » plus son action constituera à ses yeux l’évidence même et sera difficile à remettre en cause par autrui.
Si nous faisons l’exercice pour nous-mêmes en prenant conscience des croyances qui nous animent et des valeurs que nous mettons en avant dans le cadre des actions que nous réalisons ou des décisions que nous prenons, nous ferons un grand pas en avant dans la connaissance de nous-mêmes, mais aussi dans la compréhension et l’acceptation de l’autre.
(1) Anthony Robbins, L'Éveil de votre puissance intérieure, 1993, Le Jour Éditeur
(2) Rosenthal, Robert et Jacobson, Lenore, Pygmalion à l'école. L'attente du maître et le développement intellectuel des élèves, Paris, Casterman, 1971

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